A PROPOS DU CARACTERE DU SARPLA
Avertissement :
En rédigeant les premiers commentaires au standard de la race Sarplaninac, en 1990, nous avions affirmé qu’ils devaient être évolutifs, dans la mesure où la « première » qu’ils constituaient ne pouvait correspondre qu’à une vision momentanée de la race. Nous savions alors pertinemment que notre groupe de travail (ou un autre) devrait un jour les reprendre et les affiner. Nos expériences individuelles ne nous permettaient pas davantage à cette époque qu’aujourd’hui de prétendre détenir la moindre vérité définitive.
Dix années plus tard, cette affirmation se vérifie et nous voici de nouveau à l’ouvrage.
L’élaboration des premiers commentaires a été jubilatoire pour la poignée de passionnés qui avait trouvé là un exceptionnel moyen d’échanger leurs points de vue, leurs approches particulières, leurs compétences et leurs connaissances spécifiques de la race.
Dès 1989, nous étions plusieurs à voyager assidûment en ex-Yougoslavie et nos contacts là-bas étaient des plus enrichissants. La rencontre de la grande majorité des éleveurs, puis les séjours en montagne nous ont permis une vision étendue du « panel » exceptionnel qui constitue cette magnifique race. Confrontés à une déferlante d’informations parfois contradictoires ou partiales, il faut bien admettre que nous avons eu quelques difficultés à faire la part des choses entre nos propres attentes et les multiples illustrations du Sarplaninac qui nous furent présentées.
Avec le recul, nous constatons deux choses, importantes à nos yeux : tout d’abord, cet effort de recherche auquel nous avons consenti non sans plaisir depuis toutes ces années n’a pas créé beaucoup d’émules ; ensuite, nous sommes fiers de pouvoir dire que notre travail de fourmi, dans un esprit cynophile sans doute un peu désuet, avait déjà atteint alors un objectif de précision que nombre de races peuvent nous envier.
Dix années ne représentent pas grand chose dans l’histoire d’une race aussi ancienne que le Sarplaninac… pourtant, eu égard à son implantation et son exploitation commerciale en dehors de ses frontières naturelles, elles représentent beaucoup dans le travail de sélection.
Un simple regard en arrière, sans nostalgie, permet à tout cynophile de mesurer aisément l’ampleur de la tâche accomplie…mais aussi de constater l’ampleur des incontournables dérives mercantiles dont sont victimes tous les « petits nouveaux »...
D’une race bergère ancestrale, vivant à l’état naturel depuis des siècles dans les régions les plus inhospitalières du vieux continent, à nos meilleurs représentants sur la scène internationale, que de chemin parcouru en quelques générations ! Le travail soutenu des meilleurs éleveurs a permis de faire disparaître nombre de défauts originels, pour parvenir en quelques générations à un cheptel plus élaboré . Cette évolution, assez nette sur différents points tels que le type en tête, la construction, les aplombs et angulations est pourtant loin d’être aboutie. Le dépistage de la dysplasie coxo-fémorale ne s’est toujours pas généralisé, bien qu’en nette progression. Enfin, les notions d’équilibre mental et de comportement social, qui nous paraissent essentielles pour une parfaite intégration du chien dans la vie civile, deviennent un élément prépondérant dans les motivations des futurs acquéreurs. Ainsi, sous nos latitudes comme dans son contexte originel de chien de protection, notre Sarplaninac doit se montrer capable d’un comportement civique irréprochable, faute de quoi il se verrait rapidement supplanté par d’autres sujets ou d’autres races, aussi dissuasives dans leur rôle de gardien, mais parfaitement adaptables à notre « vie sociale ». Nous avions souligné, dans nos premiers commentaires, l’importance que nous accordions nous-même à l’appréciation de son caractère et de son comportement. Aujourd’hui, nous en avons une vision beaucoup plus précise et beaucoup plus explicite. L’expérience des chiens de protection des troupeaux, l’observation des chiens issus de l’élevage militaire, nos multiples visites des élevages civils, notre propre expérience ainsi que le regard que nous portons sur le comportement des sujets que nous côtoyons au quotidien, nous amènent à la déduction la plus simple et la plus évidente qui soit : un bon Sarplaninac, si fier et si différent des autres chiens soit-il, est un chien équilibré, si les conditions de sélection et de socialisation sont respectées.
Il est tout à fait clair à ce sujet qu’il n’est pas question pour nous de proposer de modifier ou de « ramollir » le caractère spécifique du Sarplaninac, mais bien de démontrer que son équilibre comportemental doit être comparable à celui de tous les autres canidés, même si des siècles d’activité pastorale lui ont forgé ce tempérament si particulier qui le distingue du commun des chiens que nous avons l’habitude de côtoyer.
En dix ans, le monde bouge davantage qu’il ne l’a jamais fait. Nous sommes à l’ère de la vitesse et avons parfois du mal à ne pas nous laisser prendre au piège… Quel que soit le domaine, les connaissances, les idées, les mentalités, les exigences évoluent : nous vivons à l’ère d’internet, du téléphone portable et des échanges internationaux. Sur le plan cynologique, il en va de même: les recherches éthologiques, les connaissances comportementales et éducatives sont devenues une richesse incontournable, favorisant une nouvelle approche de nos compagnons. Parallèlement, personne n’échappe à une demande qualitative de plus en plus poussée. A peine sortis de leur milieu originel, nos braves bergers doivent-ils s’adapter à ce nouveau monde, à cette somme d’exigences nouvelles… au risque d’y perdre leur âme…ou sont-ils « condamnés » à disparaître de nos paysages urbanisés pour se cantonner à leur rôle de chiens de protection ?
Toutes ces questions, nous nous les sommes posées une nouvelle fois, à la lumière de nos vécus respectifs, pour aboutir une nouvelle fois au même constat : être cynophile, c’est appréhender le chien dans son intégralité morphologique et comportementale, dans un souci d’objectivité scientifique et non avec les seuls yeux du cœur.
Sous les feux de l’actualité des chiens dits « dangereux », les problèmes comportementaux de l’espèce sont à l’ordre du jour. Le Sarplaninac n’échappe pas à la règle. Une déclaration récente de Georges Sarre, au cours d’un colloque organisé par la S.C.C, le faisait même figurer sur la liste de quatre races potentiellement menacées d’un classement en première catégorie, aux côtés des Pitt-bull et autres chiens de combat !
Ainsi, l’utilisation détournée d’une infime fraction de la race à des fins peu honorables (combats de chiens), cumulée à son image de chien militaire ou au comportement incontrôlé de quelques autres, ont jeté le discrédit sur l’ensemble du cheptel donc, par effet rebond, sur les propriétaires eux-même.
L’actualité internationale, la proximité d’une échéance électorale importante, un tollé de protestations ont temporairement suspendu - semble-t-il - toute décision impopulaire vis-à-vis de nos compagnons. La menace n’en demeure pas moins, épée de Damoclès au-dessus de nos têtes…
Face à cette situation inquiétante, il nous est apparu opportun et urgent de réactualiser et d’affiner notre travail, en insistant particulièrement sur les aspects comportementaux.
Les mentalités évoluent ; nos chiens aussi, lentement mais sûrement. La réussite de leur intégration est liée à cette évolution. Chez nous, nos Sarplaninac ne sont plus les précieux auxiliaires de travail des bergers, mais avant tout des compagnons, accessoirement et ponctuellement dissuasifs. A fortiori ni machines à crocs, ni délinquants canins.
La légende du Sarpla tueur de loups, terreur de tous les autres canidés n’a ni lieu ni place sous nos latitudes.
Cette image qui lui colle parfois à la peau est totalement obsolète, pour les raisons les plus logiques et les plus simples qui soient :
Quelle que soit la race et même en tenant compte des particularités comportementales de chacune, un bon chien est avant tout un chien équilibré, c’est à dire un animal sain, parfaitement socialisé, parfaitement contrôlé par son maître, ne présentant donc intrinsèquement aucun danger, aucune menace impulsive pour l’environnement humain et animal dans lequel il évolue. Ses cousins montagnards, que nous avons visités de multiples fois, entrent pleinement dans cette même définition pour la grande majorité d’entre eux !
Il n’est pas question pour nous d’affirmer qu’il faut rechercher une uniformité de tempérament, ni une absence de réaction aux divers stimulis du quotidien ou de l’exposition, mais bel et bien d’insister pour que l’organisation de la sélection prenne en compte plus que jamais l’équilibre des reproducteurs et celui de leurs produits.
Par ailleurs, une information concertée, réaliste et responsable, des futurs propriétaires nous semble indispensable dans une race dont le gabarit ne permet que peu d’erreurs éducatives.
Ainsi,
-la sélection des géniteurs sur leur équilibre comportemental,
-la socialisation des chiots (qui est un vrai travail),
-l’information et la responsabilisation des maîtres,
-le soutien des juges de la race et l’attention des testeurs,
nous paraissent les seules clefs de la réussite.
Quelle est donc la nature profonde du Sarplaninac ? C’est ce que nous allons tenter de définir dans un souci d’objectivité et une rigueur scientifique formelles.
En vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à cette nouvelle mouture des commentaires au standard et dans l’attente de vos remarques et suggestions, nous vous prions d’agréer, Mesdames et Messieurs, l’expression de nos meilleurs sentiments cynophiles.
INTRODUCTION :
Entretenir l’idée que tous les chiens sont comparables sur le plan comportemental, sous prétexte qu’ils obéissent aux mêmes codes et aux mêmes lois comportementales, relèverait de nos jours autant de la méconnaissance de l’espèce que de l’incompétence éthologique.
Laisser croire insidieusement que le Sarplaninac, « roi des canidés », pourrait être le chien de « Monsieur-tout-le-monde » serait à la fois une contre vérité et un manque flagrant de discernement.
Ce gardien légendaire, à peine dégrossi de sa rusticité originelle par une politique d’élevage ambiguë, n’est pas idéalement le chien de maîtres inexpérimentés en terme de comportement et de prise en charge éducative.
En contre partie, ce robuste berger mal connu hors de son contexte naturel, possède tous les atouts qui lui permettront de devenir le plus attachant des compagnons dans un environnement qui saura forger son tempérament positivement en lui inculquant l’éducation indispensable.
Le Sarplaninac, légende vivante, n’est ni le chien de compagnie idéal, ni le chien de guerre que l’on voudrait nous laisser croire… Il est un montagnard, un berger, la force tranquille du troupeau. A coup sûr, un chien qui se mérite !
Les ambiguïtés entretenues autour de son image en fonction du contexte (montagne, armée, élevage civil) font plus de tort que de bien à la race. Il suffit, pour s’en convaincre, de relire le standard qui nous dépeint l’essentiel, en quelques mots d’une précision chirurgicale :
« tempérament calme, bon caractère, bon défenseur qui n’est pas mordant. »
Nous aurons le sentiment du devoir accompli si nous arrivons à faire admettre et respecter ce qui nous paraît une analyse succincte mais évidente.
La dichotomie avérée entre le chien de travail et le chien d’élevage nous paraît inacceptable. Il serait par ailleurs irresponsable et mensonger de nier les difficultés posées par certains sujets à leurs propriétaires. Passer sans transition du rôle de gardien de troupeaux à celui d’animal de compagnie n’est pas aussi facile qu’il y paraît. Le succès commercial du Sarplaninac n’est pas étranger à ce problème. Ainsi, les ventes sans discernement cumulées au manque de rigueur de la sélection n’ont fait qu’aggraver une situation face à laquelle la législation actuelle nous incite à réagir au plus tôt. Derrière la maladresse de forme, le message qui transparaît semble évident : en aucun cas nos chiens ne doivent représenter une menace pour la sécurité de leur entourage. Or, cette idée-là, nous la partageons pleinement !
Quels intérêts servirions-nous en préconisant l’obscurantisme ou en entretenant dans la race que nous aimons une incohérente ambiguïté comportementale ?
Le Sarplaninac n’est pas tout à fait un chien comme les autres. Plus proche du type primitif que nombre d’autres races, il nécessite davantage d’efforts éducatifs et n’est pas encore prêt à conquérir le monde. Il n’en demeure pas moins qu’il serait irresponsable de cautionner un comportement agressif . Ceci signifie clairement qu’il n’est plus acceptable aujourd’hui d’entendre dire d’un sujet menaçant : « c’est normal, c’est un Sarpla ! »
Certaines légendes desservent les races lorsqu’elles les illustrent faussement…
Si nous voulons intégrer le Sarplaninac à notre système social, il est plus que temps de porter un regard appuyé sur l’équilibre comportemental de notre cheptel .
Comme nous en avons déjà eu plusieurs fois l’exemple en exposition, nous demandons à tous juges de race de ne plus accepter de manifestations agressives à leur égard, qu’elles soient le fruit d’une mauvaise éducation ou d’un déséquilibre comportemental du sujet qui leur est présenté. Il est par ailleurs inacceptable que le juge ne puisse toucher l’ensemble des régions, ce qui fausse l’examen objectif de l’animal « inabordable ». Tout comportement agressif devra donc être pénalisé avec la même sévérité qu’une méfiance excessive, dans la mesure où les deux extrêmes sont tout aussi indésirables dans la race.
RAPPEL CYNOTECHNIQUE :
Pour définir avec précision le caractère et le comportement du Sarplaninac, il nous faut comprendre pourquoi et comment il a été façonn
Qu’est-ce qu’un chien de protection ?
Il existe deux types de chiens de berger :
-le chien de protection des troupeaux,
-le chien de conduite des troupeaux.
Ces deux fonctions sont totalement antinomiques :
-la conduite des troupeaux fait appel chez le chien à un comportement de prédation canalisé par un dressage approprié, qui permet de contenir ou de déplacer un lot d’animaux sans recours à une main d’œuvre nombreuse. Elle est une activité relativement récente, réalisée avec différentes races de chiens agiles et rapides, aux formats plutôt modestes.
-la protection est un rôle ancestral, qui permet aux bergers d’assurer la sécurité du troupeau dans des régions souvent peuplées de grands prédateurs, tels les ours et les loups. Elle exige du chien une totale inhibition du comportement naturel de prédation.
La protection est la raison d’être du Sarplaninac. C’est son rôle depuis des siècles.
« Un chien de protection est un chien qui reste avec les moutons, sans leur faire de mal et qui repousse tous les agresseurs potentiels. Le chien de protection est un membre à part entière du troupeau, contrairement au chien de conduite » (P. Wick)
Caractéristiques d’un bon chien de protection:
« Le comportement d’un chien de protection adulte est le résultat de son héritage génétique et de la façon dont il a été élevé. Les chiens de protection ont été sélectionnés pour leur aptitude à agir indépendamment de la présence de leur maître». Cette caractéristique amène parfois à penser que ces chiens peu réceptifs au dressage sont têtus ou stupides. En fait, ils ont été sélectionnés depuis des siècles pour leur indépendance vis à vis du berger et leur esprit d’initiative.
Les trois comportements de base du chien de protection sont :
-la non agressivité envers les moutons,
-le comportement de suite du troupeau,
-le comportement de protection du troupeau.
Dans « Voyage of the Beagle », Charles Darwin écrivait en 1833 : « Quand je me promène, à cheval, je rencontre parfois un grand troupeau de moutons gardé par un ou deux chiens, à plusieurs kilomètres de l’habitation la plus proche. Je me demande souvent comment une amitié aussi solide a pu s’établir ».
Tel est l’héritage du Sarplaninac ; Tel est encore aujourd’hui son patrimoine culturel.
MEFIANCE :
Initialement, le Sarplaninac est un chien de protection des troupeaux de brebis. Dans le cadre de ce travail, l’attachement aux animaux qui lui sont confiés est prioritaire sur les relations aux bergers. Bien souvent, ce type de chiens ne recherche même plus la compagnie des hommes. Sévèrement molestés s’ils délaissent le troupeau, victimes également des gestes d’humeur de leurs maîtres, la plupart d’entre eux se montrent facilement distants, voire méfiants vis à vis des étrangers. Ce comportement facilement compréhensible dans le contexte originel, où les occasions de contact sont rares et parfois rugueuses, ne se justifie pas chez nous. Il prendrait alors un autre sens et témoignerait soit d’une mauvaise socialisation, soit d’une peur pathologique.
Le Sarplaninac ne montre pas toujours spontanément une forte attraction sociale vis à vis des gens qu’il ne connaît pas . C’est une différence fondamentale avec d’autres races comme les chiens d’assistance, par exemple, qui sont sélectionnés prioritairement sur ce critère comportemental. Dans le langage courant, le terme « méfiant » masque (généralement mal) celui de « chien sur l’œil » ou de chien « peureux ». Les postures d’un chien peureux sont très différentes de celles d’un chien méfiant tel qu’on l’entend pour le Sarplaninac et qui signifie alors « non avenant », mais sans crainte. Entre la forte attraction sociale des chiens de type « auréus » décrits par Lorenz et la méfiance pathologique du chien peureux, le Sarplaninac peut se montrer distant vis à vis des personnes étrangères. Ceci n’exclut pas qu’un certain nombre de sujets équilibrés et naturellement sociables établissent spontanément un excellent contact avec leur entourage.
« Le Sarplaninac est plus méfiant sur son territoire qu’en terrain neutre. Il est également plus méfiant en l’absence de son maître. Il doit toutefois supporter les étrangers si son maître le lui demande. Une socialisation précoce permet d’atténuer cette méfiance. Cependant, le Sarplaninac ne se lie pas facilement d’amitié avec un inconnu, d’où le qualificatif d’ « inabordable » dans l’ancien standard » (S. Mirkovic, thèse).
INSTINCT DE GARDE ET DE PROTECTION :
En dépit du terme consacré, nous parlerons pour notre part de comportement et non d’instinct, car ces deux fonctions nécessitent un réel apprentissage.
La notion de garde est liée à la notion de champs territoriaux, tels que définis par Pageat. Le champ d’agression, variable chez tous les canidés, peut se limiter chez le Sarpla à un étroit périmètre autour du troupeau, comme à la portion congrue de la propriété de son maître… selon l’éducation reçue et les rapports hiérarchiques établis.
Le travail de protection est encore de nos jours la principale activité du Sarplaninac dans son pays d’origine. Sous nos latitudes, ce chien placide façonné par des siècles d’activité pastorale retrouvera vite un rôle de gardien du foyer, s’il n’a pas d’autre occupation. Cet « atavisme » doit cependant nous incliner à la plus grande prudence, pour éviter tout excès de zèle indésirable.
La stabilité du caractère du Sarplaninac est l’un de ses principaux atouts. S’il peut se montrer virulent dans le cadre de sa fonction de gardien solitaire, un positionnement hiérarchique clair par rapport à son maître lui interdira toute manifestation intempestive en sa présence.
Au sein de la famille, il doit se montrer très franc et tolérant.
L’ancien standard insistait sur les qualités « viriles » du Sarpla en tant que chien de garde (fort, méfiant, courageux…). En replaçant les choses dans leur contexte, on s’aperçoit de la pression de l’élevage militaire, qui voulait faire du Sarpla le chien militaire par excellence !
Le nouveau standard, écrit par le Professeur Pavlovic, insiste quand à lui sur l’équilibre comportemental du chien et la stabilité du caractère.
Si l’on admet que le premier rôle du chien de protection est bel et bien la dissuasion, il devient alors évident qu’il en va de même pour ce qui est de celui de gardien ! Pour pouvoir vivre chez nous, ce comportement devra être particulièrement pondéré.. preuve que le chien est bien équilibré et ne prend pas la moindre visite pour une menace.
LE SENS DU TERRITOIRE :
Contrairement à une idée faussement répandue et comparativement au chat, le chien n’est pas à proprement parler une espèce territoriale. Au risque de déplaire aux nostalgiques des « vigiles à quatre pattes » et autres « chiens de couloirs », l’éthologie nous le démontre.
Le champ d’activité d’un chien peut se matérialiser par les limites de « sa » propriété et varier considérablement d’un individu à l’autre, en fonction de son éducation et de sa position hiérarchique dans la meute.
Ainsi, en montagne, le territoire à protéger peut se limiter à l’espace occupé par le troupeau à un moment précis, sans aucun comportement de défense de ce même territoire lorsque le troupeau s’en éloigne. Certains sujets vivent en permanence au beau milieu du troupeau, d’autres en défendent l’accès dans un périmètre de sécurité plus large, d’autres enfin se comportent en sentinelles silencieuses et se tiennent à distance respectable des brebis tout en assurant également leur fonction. Cette organisation sociale, puisqu’elle se compose de plusieurs individus, est garante de la sérénité du troupeau.
Sans cette notion de champs territoriaux, le comportement de protection n’existerait pas. L’attachement aux brebis est pourtant indispensable à la fonction de protection et l’emporte sur le concept flou de « territoire ».
Chez nous, le Sarplaninac défendra facilement l’accès à sa propriété, simplement parce qu’elle est son lieu de vie, imprégné des odeurs familières de sa famille-meute. En présence d’un maître clairement positionné au sommet de la hiérarchie, tout étranger respectueux du seul champ d’isolement du chien doit pouvoir circuler sans aucun problème. Le cas contraire témoignerait d’une régression sociale liée à un grave déficit relationnel.
Le Sarplaninac est facilement un chien un peu casanier. S’il apprécie son extérieur, ce n’est pas pour courir toute la journée, mais pour entretenir sa forme dans les moments de défoulement (courses folles) que connaissent tous les propriétaires. Le reste du temps, il reste tranquillement couché et passe presque inaperçu dans les lieux familiers.
Hors de chez lui, le Sarplaninac n’a pas de « territoire » à défendre.
VIGILANCE :
Le Sarplaninac est habituellement un chien paisible, comme la plupart de ses cousins protecteurs. Cette quiétude lui vaut parfois une étiquette de nonchalance qui ne lui correspond pas. Il n’est jamais un chien lymphatique !
Il est vrai que le Sarplaninac adopte volontiers la position couché, la tête reposant entre les pattes. En montagne comme sur sa propriété, le Sarplaninac semble souvent s’économiser, en vue sans doute d’une importante dépense ultérieure…
Ne nous y trompons pas : même dans cette position, le chien veille et ses sens restent en alerte permanente. Le vieux proverbe « méfie-toi de l’eau qui dort » lui correspond assez bien.
Par ailleurs, le pôle vespéral de vigilance de tous les chiens de protection est une caractéristique typique de la race, avec une attention accrue « entre chiens et loups »,c’est à dire à la tombée de la nuit.
Ce moment, comme la nuit elle-même, coïncide en montagne avec un risque accru d’attaque des grands prédateurs.
COURAGE :
Cette expression, très anthropomorphique et quelque peu désuète, provient de l’ancien standard et alimente encore aujourd’hui l’image légendaire du Sarplaninac : « courageux au plus haut degré, ne craignant ni coups, ni tirs et ne reculant devant aucun adversaire »…
Les contradictions ne semblent pas déranger nos éminents cynologues : comment un même chien peut-il se montrer simultanément « méfiant » et « courageux au plus haut degré » ?
« Lorsqu’il garde un enclos, il n’est impressionné par aucun agresseur. Celui-ci peut bien tirer : même blessé, le Sarplaninac attaque. Si l’agresseur prend un bâton, le chien lui saute à la gorge »… Cette vision des choses met en évidence une pathologie comportementale contraire à nos recherches éthologiques. Aussi incompréhensible qu’indésirable, elle était probablement (à son époque) sensée servir l’image du chien militaire « incorruptible » que nous évoquions précédemment.
Si nous devions accorder le moindre crédit à ce terme, nous l’attribuerions en ce qui nous concerne à l’énergie et la détermination dont le Sarplaninac peut faire preuve lorsqu’il est acculé au combat.
Un chien connaissant les codes de communication spécifiques à l’espèce ne se comporterait jamais aussi stupidement que décrit, pour une simple question d’instinct de survie !
Pour le reste, le courage ou son absence sont privilèges humains.
FRANCHISE :
Un Sarplaninac équilibré est un chien très franc. L’ancien standard indique qu’il n’est « jamais sournois ». Le nouveau standard évoque également cette qualité en citant son bon caractère. Une nouvelle fois, nous ne pouvons que constater l’utilisation de termes peu adaptés visant cependant à mettre en évidence l’équilibre habituel du cheptel. Seuls des animaux stables et correctement socialisés auront la capacité d’appréhender « franchement » un inconnu. Nous pouvons en conclure que c’est probablement cette idée que les pères des standards successifs désiraient illustrer ! Un chien sûr de lui, peu irritable sera effectivement d’un abord facile et « franc ».
Une nouvelle fois, le même animal ne peut pas être simultanément « méfiant » et « franc » !
Ethologiquement parlant, un chien « méfiant » est un animal présentant un niveau de socialisation insuffisant ou une mauvaise imprégnation interspécifique. Compréhensible chez certains sujets de travail, ce déficit peut entraîner de graves problèmes de comportement dans tout autre contexte. La plupart du temps, ce qualificatif hypocrite masque difficilement un tempérament « sur l’œil » ou peureux indésirable. Dans le travail de protection, la méfiance vis à vis d’un étranger est tout à fait compréhensible, comme nous l’avons déjà souligné.
SENSIBILITE :
La force de caractère manifeste du Sarplaninac n’est pas incompatible avec une grande sensibilité, physique et mentale. Sans aller jusqu’à dire que le Sarpla est douillet, force est de constater qu’une douleur de faible intensité le fait réagir spontanément. Notre « dur à cuire » a l’épiderme sensible.
Les plus grandes précautions doivent être prises lors de son éducation. Elle devra se faire avec la fermeté qui convient pour un positionnement hiérarchique clair, mais sans la moindre brutalité. Un rapport de force peut facilement « casser » le caractère d’un jeune Sarpla ou, à l’inverse, provoquer un réflexe d’autodéfense. La traditionnelle formule « une main de fer dans un gant de velours » prend ici toute sa signification.
A l’inverse, l’infantilisation et la surprotection bêtifiante feront de lui un adulte manquant d’assurance ou développant vis à vis des étrangers un potentiel agressif anormal.
ATTACHEMENT A SON MAITRE :
Le Sarplaninac, comme tous les « canis de type lupus » si bien décrits par K. Lorenz, est un chien particulièrement attaché à sa famille-meute, ou aux membres de celle-ci qui lui accordent le plus de temps. Dans ses relations quotidiennes, les débordements d’affection sont rares, mais l’attachement est profond et indéfectible. Tous les propriétaires et utilisateurs connaissent la vigueur de cet attachement. On dit en Yougoslavie que le Sarplaninac est le chien d’un seul homme, ce qui nous paraît un peu excessif, mais atteste (non sans «machisme») de ce puissant pouvoir d’attachement.
Réservé dans son comportement, peu expansif, le Sarplaninac est un tendre avec ses maîtres et fait preuve d’une fidélité et d’une reconnaissance hors du commun.
HIERARCHISATION DU SARPLA :
Encore très proche du chien primitif de type « lupus », le Sarplaninac illustre parfaitement la définition classique de « l’espèce sociale obligatoire », c’est à dire qu’il ne peut vivre qu’en groupe et dans une organisation hiérarchique claire.
Ceci signifie que le Sarplaninac ne peut s’ équilibrer et s’épanouir que s’il trouve sa place précise, tant dans sa famille-meute que vis à vis de ses congénères.
Une éducation laxiste ou ambiguë ne lui convenant pas, il doit avoir un maître déterminé pour se construire mentalement dans les meilleures conditions.
Lorsqu’il vit en compagnie d’autres chiens ou d’autres animaux, il est fréquent que le jeune Sarpla revendique la première place dans la meute. Ceci est parfois source de conflits, mais indispensable à l’établissement d’un relationnel cohérent. Il n’y a donc pas de contre-indication à faire cohabiter le jeune Sarplaninac avec d’autres animaux ou congénères.
Par rapport à sa famille-meute, le Sarplaninac acceptera sans problème l’autorité du couple dominant avec lequel il entretiendra alors les meilleurs rapports. Il est indispensable que la prise en charge éducative et les rapports entre les deux membres du couple dominant soient de même nature et constants durant toute la vie du chien.
S’affirmer en tant que dominant ne signifie pas « écraser » son animal ou se montrer brutal, mais exercer par des moyens éducatifs simples et accessibles à tous une autorité sans faille ! Attention à ne pas confondre autorité et autoritarisme…le premier terme fait appel à l’intelligence, le deuxième à l’abus de pouvoir et à la force !
INTELLIGENCE, CAPACITE D’ADAPTATION, SOUPLESSE :
Le Sarplaninac n’est pas plus intelligent que la moyenne des autres races. Certains affirmeront d’ailleurs qu’il est borné (essentiellement ses détracteurs) car il s’avère moins réceptif au dressage que nombre d’autres races. Il faut effectivement du temps pour apprendre à un jeune Sarplaninac ce que l’on apprend presque sans efforts d’imagination à un chien de conduite, par exemple.
La réelle difficulté de son éducation s’explique simplement : dans ses montagnes originelles, le Sarpla a été sélectionné pour sa capacité d’intégration au troupeau et sa distance vis à vis des humains. Capable d’agir avec indépendance, de prendre des initiatives sans commandements, susceptible de fonctionner parfois de manière quasi autonome (en restant plusieurs jours dans le troupeau sans voire personne), il n’a pas été forgé pour une souplesse ou une maniabilité indispensables au chien de conduite.
N’étant pas « mécanisable » et corvéable à merci, son éducation peut paraître difficile. Un certain nombre de propriétaires exploitent d’ailleurs sans vergogne ce prétexte pour ne rien inculquer à leur compagnon, qui devient alors un animal inintéressant, très mal contrôlé, voire potentiellement dangereux.
Les commandements de base (rappel, marche en laisse, assis, etc), indispensables sous nos latitudes, sont pourtant très vite assimilés… même si le jeune chien sait très bien faire la sourde oreille en cours d’apprentissage !
Le jeune Sarpla possède, pour son maître, des vertus pédagogiques que n’ont pas d’autres races : l’apprentissage de la patience, de la persévérance, de la constance, qui aboutissent dans le meilleur des cas à cet attachement réciproque incomparable.
Attention, une méthode éducative inadaptée, précipitée ou brutale, « cassera » le caractère du Sarpla ou lui fera perdre toute sa confiance en lui et en son maître… ce qui aboutira à un échec, voire une séparation initialement injustifiée.
Ce caractère particulièrement délicat et nuancé nous conforte (par expérience) dans l’idée que le Sarplaninac n’est pas un chien que l’on peut confier au premier quidam venu, incapable de prendre en charge le plus souple des jeunes chiens. Une implantation réussie de la race dans nos contextes « humanisés à l’extrême » devra nécessairement prendre en compte cette réalité !
La responsabilité de tout « naisseur » est de prendre objectivement conscience de cette évidence, pour porter ses efforts sur :
-la sélection de ses géniteurs
-la socialisation intensive de ses chiots
-l’information et la « sélection » rigoureuses de ses clients.
A PROPOS DU POTENTIEL D’AGRESSIVITE DU SARPLANINAC :
Contrairement à ce que revendiquent certains propriétaires (marginaux) de Sarplas, et en opposition concertée avec l’ancien standard ou les amateurs de sensations fortes, nous exigeons des chiens abordables, c’est à dire équilibrés.
Gardien dans l’âme, le Sarplaninac n’est pas d’une espèce spontanément caressante. En contre partie, comme nous l’avons illustré dans notre travail d’analyse et en parfaite adéquation avec le standard actuel, nous affirmons que seul un chien sain est un « gardien » efficace. Tout débordement, tout excès de zèle est un signe de déséquilibre et constitue un danger potentiel pour l’environnement humain ou animal.
Ainsi que nous l’indiquait le Professeur Pavlovic lors de notre dernière rencontre, « le Sarplaninac n’est pas un chien méchant. Il ne manifeste de l’agressivité que dans le cadre de sa fonction de gardien à l’égard d’un intrus lui-même menaçant ». C’est la raison pour laquelle nous parlons de « potentiel d’agressivité ».
Ce potentiel d’agressivité déployé vis à vis d’un agresseur fait du Sarplaninac un gardien redoutable, mais ni une machine à crocs (il connaît trop bien ses codes pour cela), ni un chien de guerre (ce n’est pas sa fonction). Il faut tordre le cou à ces idées malsaines et dangereuses, ou se résigner -à regret- à voire la race disparaître de notre paysage cynophile.
L’efficacité, c’est l’équilibre et la pondération du chien qui n’intervient par la force qu’en dernier recours, après avoir échoué dans la dissuasion. Le sociopathe, le délinquant canin, qui ne s’exprime qu’à travers une violence ritualisée n’est pas un bon Sarpla et doit être pénalisé.
La plupart des gens s’imaginent qu’un chien socialisé ne peut plus être un bon gardien. Ils se méprennent complètement : les chiens asociaux sont certes impressionnants, mais ne nous laissons pas duper : ce sont des animaux déséquilibrés.
Un bon Sarplaninac est un chien de tempérament et son regard profond en dit plus long qu’un long discours !
LE SARPLA ET LE JUGE :
Le caractère réputé « difficile » du Sarplaninac n’est souvent que le reflet d’une mauvaise socialisation ou d’une mauvaise éducation. Le culte de souches « hard » est quand à lui une hérésie en toutes circonstances.
De fausses croyances, une sélection incohérente valent aujourd’hui à la race une réputation exécrable dont les passionnés que nous sommes se passeraient volontiers.
L’ambiguïté entretenue par des gens inconscients n’est plus acceptable.
En ce qui concerne les chiens présentés en exposition, ils doivent être pleinement contrôlés par leur maître, afin que les juges n’aient pas à se contenter d’un examen approximatif effectué dans la crainte et à distance respectable. Toute manifestation intempestive de « mauvaise humeur » ou de peur doit entraîner une exclusion immédiate et le qualificatif le plus sévère.
Pendant l’examen extérieur, le chien peut se montrer réservé vis à vis du juge, mais ne doit ni reculer, ni tenter de fuir comme on le voit parfois.
Lorsque plusieurs sujets se côtoient sur un ring restreint, ou dans l’excitation des allures, il est fréquent que les chiens se grognent après ou se retournent lorsqu’ils se sentent suivis de près par un congénère. Ces manifestations attestant d’un fort tempérament ne sont pas à encourager, mais nullement pénalisables, si les maîtres contrôlent leurs animaux.
En ce qui concerne la question du port de la muselière (parfois retirée in extremis à l’animal, juste avant son examen individuel) : promener son chien en muselière, c’est lui prescrire les symptômes de la régression sociale, donc d’un comportement agressif exacerbé lors de son retrait. C’est également la reconnaissance de l’échec éducatif du propriétaire.
La muselière est inacceptable sur le ring ou à proximité directe.
Pour mériter pleinement son titre légendaire de « roi des canidés », le Sarplaninac doit donner la meilleure image de lui-même : celle d’un chien équilibré, sûr de lui, « majestueux », impressionnant de force et de sérénité.
CONCLUSION :
Notre étude du caractère et du comportement a sans doute pris un volume inhabituel dans un commentaire au standard, mais vous aurez compris à quel point les dérives actuelles et/ou les erreurs de sélection pourraient porter un coup fatal à cette race magnifique.
Le Sarplaninac n’est pas tout à fait un chien comme les autres. Robuste montagnard, plus proche du chien primitif que du modèle de salon, il doit être implanté chez nous dans les meilleures conditions…et celles-ci ne sont hélas pas encore réunies.
Perpétuer une race, c’est la rendre adaptable socialement, en accouplant toujours les sujets les plus aptes à une intégration aisée. Ainsi s’est faite la domestication :
« Aux tout débuts de la longue histoire commune entre l’homme et le chien, avant que l’être humain s’emploie activement à élever cet animal pour profiter de sa compagnie et de sa force de travail, celui-ci a vraisemblablement entrepris de se domestiquer tout seul. Le principe évolutionniste de la « survie des plus aptes » s’applique quelles que soient les conditions de l’environnement. Les chiens les plus aptes de la préhistoire étaient en l’occurrence les moins farouches et les moins menaçants, ceux qui pouvaient s’approcher des campements humains où ils savaient trouver de quoi manger parmi les déchets et les restes. La « pression évolutionniste » qui les poussait à se montrer d’une certaine façon plus sociables s’accrut avec l’élevage sélectif. Pour des raisons évidentes, les canidés au comportement agressif ou qui se montraient par trop craintifs ne pouvaient pas être admis au sein des communautés humaines. Il étaient chassés des campements ou éliminés. Seuls ceux qui se laissaient approcher présentaient une utilité. Les hommes les gardaient auprès d’eux, les nourrissaient, et agissaient de même avec leur progéniture » (Stanley Coren)
La pression récemment exercée par le législateur a le mérite légitime de mettre en garde tous les propriétaires sur le comportement de leurs chiens. L’analyse que nous réalisons dans ces commentaires est évidemment applicable à tous les chiens de protection, quelles que soient leurs origines. De multiples échanges avec des utilisateurs et des responsables de programmes « chiens de protection » nous confortent dans l’idée qu’il y a un effort important à faire hors du contexte travail, si nous ne voulons pas coopérer directement à des prises de position sécuritaires stupides, mais compréhensibles. Le Sarpla est chez nous essentiellement un animal de compagnie. Il doit, pour jouer ce rôle difficile, être un modèle d’équilibre comme il est un modèle d’harmonie. Il sera alors beaucoup plus proche qu’on l’imagine de ses cousins travailleurs : les bergers de Sarplanina !
Les membres du collectif :
Sébastien Mirkovic ; Damien de Veron ; Corinne Rouchon ; Patrick Rouchon .
Décembre 2001.